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Des chansons qui nous poursuivent. Une figure qu’on dirait inaltérable. Et derrière le portrait de légende, un homme complexe, hésitant parfois, plutôt contradictoire. On connaît les grandes étapes : naissance à Duluth, au pays des mines de
fer, père petit commerçant, enfance banale et groupes de rock amateurs. Puis
l¹épopée du folk, la découverte de Woody Guthrie, le départ pour New York :
à tout juste vingt et un ans, celui qui n¹est qu¹un gratteur de guitare
parmi d¹autres incarne le basculement d¹une époque.
Quatre ans plus tard pourtant, à bout de lui-même, incompris et hué, il arrête brusquement sa carrière et s’isole à Woodstock.
À observer son balancement entre chanson et écriture, à explorer son rapport à Ginsberg, Brecht et Rimbaud, c’est un fragment de l’histoire du monde qu’on rejoint. Et, à tenter de reconstituer comment il s’efforce de surmonter obstacles et pannes, à refuser systématiquement d’endosser le rôle de star qu’on lui assigne, c’est une part de nous-mêmes, de notre imaginaire peut-être, qu’on décrypte.
François Bon poursuit avec Bob Dylan, artiste considérable et énigme parfaite, le chemin entrepris avec Rolling Stones, une biographie.
145 x 225 mm - env. 496 pages - 22 €
ISBN : 978-2-226-17936-4

Francois Bon
Depuis son premier roman, Sortie d’usine (Minuit, 1982), François Bon construit une œuvre littéraire cohérente et forte. De Fait divers (1994) à Daewoo (2004) en passant par Le Crime de Buzon (1986), L’Enterrement (1991) ou Prisons (1998), ses romans – traduits dans de nombreuses langues – interrogent les rapports de la littérature à la réalité sociale la plus abrupte. Il mène, depuis 1991, une recherche continue dans le domaine des ateliers d'écriture (Tous les mots sont adultes, Fayard, 2002 et 2005), et, depuis 1997, l'internet littéraire, via la fondation du site www.remue.net. En 2007, il a créé une collection d'expérimentation littéraire, « Déplacements » (éditions du Seuil).
pour en savoir plus : www.tierslivre.net
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« Précis, sensible, parfois technique, Bon parvient à saisir l’insaisissable dans le parcours et les chaos de Dylan. »
Jean-François Julliard, Le Canard enchaîné.
« Un remarquable ouvrage qui sonne comme l’écho
idéal de cette autofiction monumentale dont Dylan a fait le
cœur même de son œuvre. »
Olivier Nuc, Le Figaro Magazine.
« Un personnage hors norme pour un livre passionnant. »
Alexandre Fillon, Livres Hebdo.
« Voilà ce que devrait être l'ambition des biographies inspirées
par les figures majeures de la culture populaire : une interrogation
sur le statut de l'artiste... François Bon interroge le rêve fou
(ou le cauchemar) américain pour en mesurer les effets dans son territoire d'intellectuel européen. Un beau travail d'écrivain. »
Alain Léauthier, Marianne.
« L'énigme Dylan est la matière de François Bon. Il fait tourner les ombres et les lumières d'une vie, sans oublier de les frotter aux paroles des chansons qui servirent de bande-son à une époque affamée de mouvement. Il excelle dans le récit des moments où Dylan fait basculer sa vie. Ses battements de cœur sont aussi les nôtres. »
Daniel Rondeau, Le Figaro.
« Une réflexion puissante sur la différence entre l’art et l’artiste. Une ode à la parole poétique et à sa force. On n’en attendait pas moins d’un écrivain. »
Patrick Williams, Elle.
« Écrire sur Dylan, c’est explorer la face obscure d’un destin artistique… Une formidable biographie. »
Claire Julliard, JDD.
« Quand on s’intéresse à Dylan et quand on s’intéresse à la littérature française contemporaine, on se plonge avec envie dans un tel livre… Chaleur, érudition, précision, une bio qui dit beaucoup de choses connues ou nouvelles sur Bob Dylan, avec le regard particulier et le style travaillé de l’écrivain François Bon. »
Serge Kaganskin, Les Inrockuptibles.
« Entre les lignes, Bon répond à des interrogations très personnelles et invente un nouveau genre littéraire, entre autobiographie dissimulée, journalisme romancé et bouquin de rock à l’usage des rats de bibliothèques. Une sorte d’énigme qui finalement va bien au teint de son ombrageux sujet. »
Isabelle Chelley, Rock & Folk.
« Plus qu’une exégèse, le travail d’un passionné
qui réussit parfaitement à rassembler les pièces d’un puzzle,
miroir à la fois éclatant et inquiétant de son temps. »
Nicolas Léger, Le Magazine littéraire.

Pourquoi entreprendre une nouvelle exploration de la vie de Bob Dylan, quand tant de livres lui ont déjà été consacrés ?
Dans le domaine anglo-saxon, en tout cas, il y a une masse de livres bien plus grande que ce qui a été traduit en France. On connaît les mêmes éternelles figures de la vie de Dylan, on a multiplié les albums photos, les références factuelles, tel auteur a suivi les processus musicaux, tel autre les questions privées, mais il faut s’éloigner de Dylan pour retrouver l’histoire sociale américaine, la guerre froide, le mouvement des droits civiques, ou l’histoire parallèle du rock anglais. C’est la convergence de tout cela qui produit du sens, et qu’on a à démêler. D’autre part, le fait que Dylan ait décidé d’écrire lui-même une passionnante traversée de son itinéraire, via ses Chroniques, mais en n’éclairant que quelques points de passage, et en basculant souvent dans l’autofiction, nous ouvre une nouvelle lecture. Les Chroniques ont provoqué ces trois ans l’accès à toute une nouvelle strate d’archives. Enfin, la littérature. Dylan est poète, et une poésie qui interagit avec l’ordre du monde. Il est lecteur assidu de Brecht et de Rimbaud, il est très proche de Ginsberg, qui est un poète immense. Là, il y a tout à faire.
Après les Rolling Stones, Dylan. En quoi les années 60 et 70 engagent-elles votre travail d’écrivain ?
Au départ, pour moi, c’était juste une question de se connaître soi-même. Je suis né en 1953. L’assassinat de Kennedy, c’était la première fois qu’on voyait un événement lointain en direct, via la télévision, et en couleurs, via Paris Match. Un bouleversement considérable du rapport au monde. Et, en 1965, sont venues jusqu’à nous toutes ces musiques. Les objets, la consommation, les voyages, tout était affecté mais on ne considérait pas cela comme matière de l’histoire. Aujourd’hui, si je veux penser ce qui nous a menés, par exemple, à mai 1968, je dois passer par tous ces microchangements. Les Stones, Dylan, ce sont comme d’immenses chantiers archéologiques, des milliers de témoignages, d’images, et peu à peu on retrouve ce qu’on traversait nous-mêmes. Je ne sais pas si c’est spécialement le fait qu’il s’agisse des années 60, des années 70. Je suis à la recherche de ma propre histoire, mon « temps perdu », et il y a comme des pics d’intensité : Dylan résonnera plus pour ce qui se passe en 1963, les Stones plus pour ce qui se passe en 67-69, Led Zeppelin plus pour 72-73. Je crois que le plaisir, voire le vertige à entrer là, c’est un peu comme Saint-Simon parlant des maîtres de guerre de Louis XIV, ou de la mort du duc de Bourgogne : sur des individus comme Dylan ou les Stones se catalyse l’histoire du monde, et dans une configuration où tout se décide à l’adolescence. Où on retrouve l’école, les parents, et le mystère qui fait que c’est vous qui êtes choisi parmi cent mille anonymes qui font la même chose. Là, il y a encore à démêler.
À quoi, finalement, tient le mythe Dylan ? Comment expliquer une telle longévité ?
C’est hallucinant comme les chansons de Dylan nous poursuivent. C’est aussi le côté énervant de sa voix, sa façon de détimbrer. On a tous croisé, à un instant précis de notre vie, une chanson qui particulièrement nous a saisis : il y a le mystère d’une culture qui se fait universelle, à échelle du monde occidental, quand la littérature ne saurait plus y parvenir. Et le deuxième étage : Dylan a infléchi l’écriture des Beatles, a donné leur vocabulaire à Hendrix, Clapton et tant d’autres, jusqu’à Springsteen ou Rage Against the Machine. Ou, dans notre propre chanson, de Souchon à Noir Désir. On travaille sur la mécanique de tout cela : comment cela s’est constitué. Et ça nous concerne pour la totalité de nos fonctionnements culturels, dans les aspects politiques aussi bien que financiers. Dylan aujourd’hui, c’est toujours une énigme : un nomade, à cent concerts par an, alors qu’il aurait pu avoir droit à un bonheur plus calme. Il ne semble pas l’avoir trouvé. Et toujours une capacité de miracle, d’émerger avec un trait de génie. Même si le mystère essentiel, et le cœur de ses concerts, ça reste la trilogie de 1965-1966.